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Aujourd’hui nous fêtions l’Action de Grâce au Canada, l’équivalent du Thanksgiving américain. J’aurais plutôt dû dire “ils fêtaient” car “nous”, en tant qu’expatriés, n’avons en réalité aucune notion de cette fête à part ce qu’on en voit dans les films… Je me suis plusieurs fois posée la question de savoir s’il était de notre devoir d’intégration de célébrer l’Action de Grâce comme tous les québécois autour de nous, d’autant que nos enfants grandissent dans cette culture.

Puis la question m’est apparue plus largement : est-on obligé de s’intégrer, voire d’être assimilé pour réussir son expatriation ?

Ces deux notions ne sont pas neutres et reposent sur des concepts très différents :

  • l’intégration désigne l’acte de placer quelque chose ou quelqu’un dans un ensemble. Pour un immigré il s’agit de prendre part à la vie sociale de son pays d’accueil, partager les valeurs et respecter les règles de vie communes, sans pour autant abandonner ses propres valeurs et sa propre culture.
  • l’assimilation quant à elle va beaucoup plus loin car elle suppose de transformer son mode de vie pour qu’il soit identique à celui d’une personne locale.

Pour moi l’assimilation est comme synonyme de perte d’identité, ou alors, pour le voir de manière positive, de création d’une nouvelle identité ; mais une partie de moi y voit dans les deux cas l’abandon de quelque chose… Faut-il en passer par là nécessairement ?

Dans la vie d’un expatrié, à plusieurs moments on se force à adopter des coutumes, des fêtes, des pratiques de notre pays d’accueil, car il ne faut pas se le cacher c’est éprouvant d’être différent. C’est éprouvant d’être un étranger, d’être la personne qui a un accent et qui ne comprend pas toutes les références que les autres peuvent faire, d’être regardé différemment en raison de sa couleur de peau … Alors dans ces moment-là on a juste envie d’être assimilé, de faire comme tout le monde, comme ci on avait toujours vécu là et qu’il n’y avait aucune différence entre “eux” et “nous”. C’est un peu ça que j’avais le goût de faire initialement pour l’Action de Grâce.

Et puis finalement mon conjoint m’a retenue dans mon élan : nous n’étions pas à la maison de la journée, aucun chance qu’on trouve le temps de cuisiner un repas traditionnel alors à quoi bon s’entêter à organiser une soirée spéciale ? J’ai donc abandonné mon idée, un peu à contrecœur sur le coup : elle me semblait être un bel hommage à notre pays d’accueil.

Tout compte fait nous avons célébré l’Action de Grâce à notre façon, en allant à la cueillette de courges puis admirer les belles couleurs de l’automne. Nous avons rendu hommage à la nature au lieu de partager un repas traditionnel, c’est comme si nous avions adapté l’Action de Grâce à nos propres valeurs de partage familial, dans le temps que nous avions à lui consacrer cette année. Il n’y a aucune culpabilité à avoir.

Suis-je une immigrée digne de mon pays d’accueil si je ne célèbre pas toutes les fêtes de ce pays ? La réponse est OUI. C’est tout à fait légitime de vouloir garder sa personnalité, sa culture et d’adopter de nouvelles pratiques sans abandonner les anciennes. C’est correct de ne pas être assimilé aux personnes locales et c’est même ce qui fait la richesse d’un pays et de ses habitants : la diversité, dans le respect de chacun.

Avez-vous connu ces doutes, ces questionnements ? Célébrez-vous toutes les fêtes de votre pays d’origine, de votre pays d’accueil ? Venez m’en parler en commentaire 🙂

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