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En tant que futur ou nouvel expatrié, vous avez déjà lu ou entendu qu’immigrer n’était pas chose facile et que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. Vous savez d’avance que vous vivrez des hauts et des bas, avec éventuellement des manques ou des petits coups de blues …. mais ce que vous ne savez pas c’est que cet état a fait l’objet de plusieurs études (si, si !).

Avez-vous entendu parler des différentes phases psychologiques de l’expatriation ? Il s’agit d’une théorie créée en 1955 par Sverre Lysgaard, un Norvégien qui a identifié 4 phases psychologiques successives que vit tout expatrié :

  1. La lune de miel
  2. La période de crise
  3. La période d’ajustement
  4. La période d’intégration

Pour moi ces étapes ressemblent à celles du deuil d’une manière générale : tout va bien (1)  jusqu’à ce qu’il y ait un décès, une séparation, ou un changement brutal (2). A ce moment-là tout notre corps rejette la nouvelle situation, puis vient le temps de l’acceptation (3) et enfin des nouveaux repères créés (4).

Et voici comment ces différentes étapes s’appliquent à l’expatriation :

Les quatre phases psychologiques de l’expatriation
  1. La phase de la « lune de miel »

Cette première phase peut durer quelques semaines à quelques mois. Au début de l’expatriation, tout est nouveau, le départ a un certain exotisme. L’excitation du voyage, de la découverte d’une nouvelle culture, un nouveau mode de vie, un environnement différent, ça a l’allure de vacances qui se prolongent pour le plus grand bonheur de tous. Quand l’expatriation n’a pas été imposée, cette phase est très appréciable. A ce moment-là on est ouvert à faire les efforts nécessaires pour s’adapter, apprendre la langue locale, les coutumes, et on se plaît à vivre la nouvelle vie qu’on avait planifiée. On focalise sur tout ce qui est positif dans cette nouveauté, en se disant qu’on s’adaptera dans tous les cas aux quelques inconvénients, et qu’on a fait le bon choix.

  1. La période de crise

Sans s’en apercevoir, les premiers petits obstacles qui sont INEVITABLES dans la vie d’un expatrié vont déclencher le processus de crise, qui peut être plus ou moins intense. Certains vivront un véritable choc culturel, pour d’autres ce sera seulement une période de doutes et de questionnements, qu’on peut presque lister : « était-ce une bonne idée ? », « pourquoi ai-je quitté mon pays pour me mettre dans cette situation difficile ? », « l’expatriation ce n’est pas fait pour moi », « et si je n’étais pas fait pour vivre dans ce pays ? », « que vont penser mes proches si je rentre maintenant ? », « si je rentre je pourrai au moins me dire que j’ai essayé », etc. C’est à cette période que les différences culturelles et, d’une manière générale, toutes les différences d’avec votre vie d’avant vous paraîtront comme un obstacle impossible à surmonter. Vous n’aurez plus envie de continuer à vous adapter, à faire des efforts, et vous vous rendrez compte de toutes les choses positives qui faisaient partie de votre vie d’avant et que vous avez laissées en arrière. Vous avez quitté votre zone de confort, alors votre corps et votre esprit luttent pour vous y ramener ! Et votre ego, votre amour-propre, a certainement été blessé dans la bataille. Mais comme dirait François Lemay, « it’s ok, it’s process », tout est parfait ! Vous devez passer par cette étape psychologiquement pour grandir, quel que soit votre choix, rentrer ou rester. Gardez en tête que l’expatriation, même dans un pays où l‘on parle la même langue que vous, demande un effort constant car vous apprendrez de nouvelles pratiques, de nouvelles lois, une nouvelle culture, une autre mentalité, d’autres codes sociaux, de nouvelles habitudes culinaires voire une nouvelle langue ou alphabet… le changement est assez intense qu’on le ressente rapidement ou non.

  1. La période d’ajustement

Comment traverser la période de doutes et dépasser l’idée de rentrer ? Mon premier conseil est de prendre conscience que c’est une étape normale de votre expatriation. Il ne s’agit pas de vous, de votre famille, de votre capacité à vous adapter ou non, il s’agit d’un mécanisme normal de votre esprit. C’est tout simplement le signal que vous êtes réellement sorti de votre zone de confort. Pour avancer je vous recommande de prendre contact avec d’autres expatriés, si possible dans votre entourage géographique et peu importe leur pays d’origine. Parlez-leur de vos difficultés, votre questionnement, de ce qui vous donne envie de rentrer éventuellement.

Pour vous ajuster vous comprendrez qu’en tant qu’expatrié vous n’avez pas à adopter à 100% les traditions et la culture de votre nouveau pays. Oui vous avez le droit de conserver vos habitudes, vos horaires et votre façon de cuisiner. Vous n’avez pas à abandonner vos valeurs, votre culture, vos habitudes, vos expressions, votre accent, ni qui vous êtes, pour vous intégrer dans un autre pays. Croyez-moi, quoi qu’il arrive vous serez toujours considéré comme un étranger, et même si vous rencontrerez certainement un jour des personnes racistes, dites-vous que la grande majorité des gens sont absolument bienveillants à l’égard des expatriés, en autant que vous soyez ouvert, curieux et respectueux.

Si vous tenez bon, vous verrez que vous ferez naturellement la part des choses entre l’ancienne et la nouvelle culture, les habitudes que vous voulez conserver et les nouvelles que vous avez envie d’adopter, les choses que vous n’accepterez jamais (et c’est bien correct) et ce que vous décidez d’arrêter. Votre esprit a fini de lutter, et il est maintenant prêt à grandir. C’est très positif car cela renforce votre développement personnel.

  1. La période d’intégration ou de croisière

Une fois sorti de cette crise, n’imaginez pas qu’il n’y en aura pas d’autres. L’expatriation est comme une mer, parfois calme, parfois houleuse. L’apprentissage ira de mieux en mieux avec le temps car vous serez de plus en plus familiarisé avec votre nouveau pays. Progressivement vous retrouverez un certain confort. Vous continuerez à faire des compromis régulièrement, mais vous serez beaucoup plus serein dans les décisions à prendre. Vous saurez faire la part des choses entre ce qui vous dérange et ce que vous appréciez dans votre nouveau pays, sans avoir envie de fuir à chaque nouvelle crise. L’envie de rentrer ou de partir ailleurs va parfois se faire ressentir, mais à ce moment-là vous ne prendrez pas de décision impulsive. Vous serez dans votre vitesse de croisière.

Si vous lisez cet article et que vous êtes proche d’une personne expatriée qui vit une période difficile psychologiquement, s’il vous plaît, prenez du recul. Ne lui transmettez pas vos propres doutes ou votre envie qu’elle rentre, écoutez plutôt ses doutes et ses envies profondes, et accompagnez-la du mieux que vous pouvez. C’est important qu’elle prenne une décision fondée sur la raison, à long terme, plutôt que sur les émotions, sur le coup…

Si cet article vous parle et/ou que vous êtes passé par là, venez m’en parler en commentaire !

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